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"ÉTHIQUE
ET EUTHANASIE "
par le Dr J.-F. Roche
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Parler de leuthanasie nest pas chose facile ; nous lavons redécouvert depuis ce matin. Dune certaine manière nous serions assez satisfaits de pouvoir nous appuyer sur des principes fondateurs solides et universels qui nous aideraient à penser, voire nous en dispenseraient ; vaine, et finalement heureuse illusion ; ce serait renier notre propre nature, et la démarche éthique elle-même. Nattendons pas de réponses toutes faites, mais, et cest bien un des buts de cette journée, engageons-nous dans cette démarche afin de mieux poser les questions.
Nous commencerons par définir ce que nous entendons par éthique. Ce qui nous conduira à parler de la dignité.
Au plus près de la souffrance du mourant nous tenterons den discerner les liens avec les ruptures, du lien social, professionnel ; les pertes de sens.
Nous rappellerons ensuite comment sinscrit lacte euthanasique, et la demande euthanasique dans ce contexte de souffrances et dinterrogations.
Nous reposerons la question à ce moment du bien fondé de la loi civique face à la morale individuelle
Nous conclurons sur la notion de réponse aux besoins fondamentaux de lhomme face à la mort.
" Tu ne tueras point " ce commandement, est présent à lesprit de tout chrétien, il a aussi imprégné toute une démarche humaniste qui fait du respect de la vie un des fondements des sociétés humaines. Les médecins en retrouvent lesprit dans le serment dHIPPOCRATE. Évoquer la LOI, cest poser une question éthique.
Quentendons nous par là ? Le Littré définit léthique comme la science de la morale. Dans le vocabulaire philosophique de LALANDE, léthique est distinguée de la morale. La morale est lensemble de prescriptions admises à une époque et dans une société déterminée.
Léthique est justement la science ayant pour objet le jugement dappréciation sur les actes qualifiés bons ou mauvais. Ce que le Littré reprend sous cette forme : " le jugement dappréciation en tant quil sapplique à la distinction du bien et du mal ".
Nous voilà donc introduits au cur du sujet extrêmement sensible où nous avons à distinguer nos conduites comme bonnes ou mauvaises ; en référence, mais aussi aux notions de faute et de culpabilité, si profondément ancrées dans nos subconscients.
Au delà de la faute, du jugement, de la culpabilité, et plus encore de la conscience de cette culpabilité, se pose la question de la survie de lhomme face à lui-même cest-à-dire face à la mort.
Emmanuel LÉVINAS nous fournit un élément de réponse dans son essai sur le penser à lautre, où il introduit le sujet éthique : " La rationalité du psychisme humain est recherchée dans la relation intersubjective, dans le rapport de lun à lautre, dans la transcendance du pour lautre qui instaurent le sujet éthique, qui instaurent lentre nous ". Et plus loin, après avoir présenté lÊtre comme fermé sur soi, il poursuit : " Et voici que surgit, dans la vie vécue par lhumain - de se vouer à lautre " " C'est cette rupture de lindifférence La possibilité de lun-pour-lautre, qui est lévénement éthique " Il insiste en terminant sur la notion de dépassement et de sacrifice.
On retrouve chez Éric FUCHS, dans son essai sur léthique protestante, cette notion dinterdépendance complément fondateur dun sujet éthique, après avoir rappelé " quêtre vivant cest recevoir la vie, jamais la posséder " il poursuit " lhomme est toujours confronté à la question de la limite Lhomme a à répondre à, et à répondre de... ", ainsi pour le chrétien " lexigence éthique commence toujours par renvoyer lhomme à sa relation à Dieu et à autrui "
Olivier CLÉMENT, théologien orthodoxe dira : " Je suis parce que je suis aimé ".
Lamour qui commande de respecter la liberté de chacun, dapaiser ses souffrances, est central dans ce quil est lui-même libération de lhumain.
Patrick VERSPIEREN, tout en insistant sur le respect de la personne humaine, maître de ses décisions, rappelle comment lapproche éthique permet " de sarracher à limmédiateté de lappréciation des situations, amener à prendre du recul par rapport à une affectivité plus ou moins impulsive, attirer lattention sur les conséquences proches ou lointaines de ses actes, proposer une hiérarchie des valeurs, réfléchir sur les voies dun amour qui sattache à la fois au bien de lêtre aimé et au respect des autres. "
Hiérarchisation des valeurs, notre environnement nous met à lépreuve de notre modernité.
Monde dimage où lapparence a valeur de dignité ; image, miroir aux alouettes que projettent devant nous les écrans dun système de lucre et dexploitation du travail de lhomme dévoyant le regard de lÊtre dans une sollicitation, aux multiples facettes, de ses pulsions et dévoilant comme un terrible revers de la médaille la misère de lhomme abandonné, écrasé par ses propres démesures, hors de contrôle.
La maladie va parfois bousculer de fragiles équilibres, et remettre en question bien des certitudes. Rappelons sans nous y attarder le sens de haut dignitaire, rattaché à un rang, une fonction, celle de maréchal de France par exemple. La dignité sattache aussi au sens moral évoqué devant la grandeur dâme le courage ; mais cest aussi le vieux monsieur très digne drapé dans sa souffrance et qui ne dérange personne.
Plus près de notre sujet, celle qui se dresse devant la déchéance, physique ou morale, mais aussi celle qui demeure lors de la dégradation de la conscience. À côté de limage du corps acceptable dune personne digne présentable et maîtresse delle-même, sentrevoit un autre système de valeurs à lapproche de la mort. Car en rester à la dignité sans tache, signe dune élite, rejette et marginalise. I. MARIN déclare à propos " lidée dun ordre infra humain ne conduit-il pas à limposer à lopinion publique et aux malades eux mêmes par le regard porté sur eux ? ". Est il nécessaire de rappeler ici ce quen terme deugénisme lhistoire nous a asséné, comme le rappelle P. THUILLIER à partir de préjugés scientifiques ou pseudo scientifiques, des idées de sélections (les bohémiens, les nomades, les vieux, les handicapés, les enfants malformés) à la suite des théories de Galton Michet, puis la solution hitlérienne.
Sans atteindre ces excès, sachons entendre ces approches dexperts où lon parle de droit à la normalité ; en exemple ce jugement rendu aux États-Unis où un dédommagement de $3M est attribué à une enfant atteinte de la maladie de Tay Sachs (maladie enzymatique dont le diagnostic anténatal est possible) qui a eu la maladresse de naître. La faute à qui ? Aux parents, à la société ?
Or le regard et la parole font revivre lhomme dans lhomme ; La dignité se comprend alors dans une relation humaine, produite par la reconnaissance de lautre. Pour P. VERSPIEREN la dignité est affirmée comme inaliénable, les exigences éthiques en découlant ensuite. Mais cette exigence nest pas figée.
N. LEVY et O. GUICHARD, insistent sur le concept de " dignité personnelle en mouvement comme une tendance, un dynamisme incarné ". Son respect exige de moi que ce soit au nom de Dieu ou de lhomme un projet minimal. Si notre relation est de pure conformisme, elle exclut toute invention entre nous : point despérance. Si elle devient éthique alors demeure entre nous une attente réciproque légitime. " Si je crois en ta dignité, je vais te faire lhonneur, autant quil est possible et parfois dans la très étroite mesure de ce possible, dessayer de débattre avec toi du plus juste ou du moins juste. Puis viendra sur le chemin le moment de la séparation. "
À ce point, de notre réflexion je voudrais rassembler ces quelques remarques en citant F.X. DUMORTIER éthicien. Tout dabord " la dignité humaine est principale, car elle est au fondement de toute moralité humaine quels que soient son rapport ou son absence de référence à un Absolu nommé Dieu " " Cette dignité nest jamais réductible à une partie de son être ou de sa vie " ; La relation à autrui est instauratrice de la dignité de lêtre humain Cela implique de vouloir légalité des hommes de vivre la relation avec autrui comme relation de proximité, par la compassion et la sollicitude ; de refuser linacceptable. Et, se référant à J. NABERT, " Cest par la qualité de sa réaction au mal que la conscience humaine se constitue ".
Apparaît à travers lhistoire de la pensée, dans le déroulement de lHistoire, fruit dune recherche toujours en devenir comme une certaine idée de la dignité de la personne humaine. Sans vouloir être complet, nous ne pouvons laisser de côté un point capital où Humanité et Dignité se rejoignent. H. ARENDT, parlant de K. JASPERS introduit la notion despace public : " Cet espace est spirituel. En lui apparaît ce que les Romains appelaient lHumanitas. Cest dans cet espace que la personne, quil différencie du subjectif de lhomme (qui dépasse le sujet) apparaît en tant que telle Cet élément personnel qui simpose et ne délaisse plus lhomme qui la acquis, même si tous ses autres dons physiques et spirituels succombent aux ravages du temps. Lhumanité nest jamais acquise dans la solitude. "
F. QUÉRÉ, au plus proche de leur humanité en appelle à lexpérience des hommes du désert, dans la tradition des Pères de lÉglise : " On est homme, non lhomme, parce quon appartient à une chaîne généalogique. Je suis digne parce que je suis fils de " Elle y joint la dimension de lhospitalité " Celui qui marche dans le désert, sil ne trouve pas, à létape, le repos, le pain, lamitié de ses hôtes de fortune est condamné à mourir ". Nous faudrait-il un gros effort pour transposer cette scène dans un de nos services hospitaliers ? Oserons nous le faire ?
" Toute éthique, poursuit-elle, dans la mesure où elle sert notre corps périssable et fragile est en réalité une bioéthique : elle a le souci de la vie " instant sur léquité : " Tu testimes et tu estimes lautre ". Elle conclut, et nous avec elle : " La dignité est universelle, cest vrai. Mais elle est Toujours labile et menacée, parce que notre dignité aussi certaine soit-elle, est quand même remise en des mains humaines qui tremblent et qui défaillent ".
Alors, sans transition ou presque, nous voilà plongés au creux de la tourmente, dans cette fragilité extrême de la maladie mortelle. Je veux dire à court terme, au vu et au su de tout le monde, même et surtout si personne nen parle ; suprême délicatesse dâme, souffrance exquise qui nose pas dire son nom Car on a peur des mots à lapproche du rendez vous redouté. La peur aux multiples visages est là, présente, et cest bien la peur de la mort, la mienne. On peut avoir peur des morts, mais à bien y réfléchir, la mort, la leur, nous rassurerait presque, nous sommes toujours là pour en parler, rejoignant peut-être le rêve de TOLSTOÏ, déjà fort âgé disant à GORKI qui lui servait de secrétaire : " et si elle faisait une exception pour moi ? ". Cette peur nous habite surgit parfois du fond de nous-même au cours de notre vie et les hommes ont essayé de lapprivoiser en parlant de bonne et de mauvaise mort. Autrefois au Moyen ge, la bonne mort cétait la mort attendue, partagée, entouré de sa famille et de ses amis. Mort point dorgue dune vie. Non sans humour parfois, comme laurait dit SOCRATE, buvant la cigüe ; à son disciple : " Noublie pas nous devons un coq à Esculape ".
De nos jours, La mort subite au cours de son sommeil, ou brutale et instantanée, " il ne sest pas vu mourir ", est lidéal de nos contemporains ; mort discrète sans bavures et sans douleurs, pour soi même en tous cas.
Le moment est venu de rejoindre la réalité du terrain, lesprit en éveil devant ce qui nest jamais un événement banal en ce quil sinscrirait dans des règles ouvrant un espace balisé et maîtrisable
Je laisse E. MOUNIER nous parler de sa fille Françoise, victime dune encéphalite " Maintenant quil apparaît que nous devons durer ensemble, Françoise ma petite fille, nous sentons une nouvelle histoire intervenir dans notre dialogue. Résister aux forces faciles de la paix signée avec le destin, rester ton père ta mère, ne pas tabandonner à notre résignation, ne pas nous faire à ton absence, à ton miracle. Te donner ton pain quotidien damour et de présence, rester avec toi. Peut-être faut il nous envier cette paternité étonnante, ce dialogue inexprimé, plus beau que les jeux habituels ". Accompagner nest-ce pas ! Sans le dire expressément
E. KUBLER-ROSS psychiatre américaine a consacré une grande partie de sa vie à lécoute des mourants. Vous la connaissez au moins de réputation. cest elle qui a décrit la première les différentes phases que traversent ceux qui approchent de la mort. Au choc du diagnostic fait suite une période de déni, puis de révolte, de chagrin, enfin dacceptation. Il sagit là dune trame que chacun ne suivra pas de la même façon ni complètement ni dans le même ordre, des retours sont possibles dun stade à lautre ; lacceptation nest pas toujours au rendez-vous. Et cependant il est utile davoir présente à lesprit la notion dune évolution possible et ainsi de se donner les moyens dintervention adaptés, dont lattente patiente et vigilante dune possibilité démergence de ce qui peut passer pour un dernier combat.
Cest là. que nous devons être sur les lieux, présents et attentifs ; préparés à une écoute.
Savoir écouter, voilà ce quen dit H. ARENDT parlant de K. JASPERS : lorsquelle évoque le monde miniature, son mariage. Je cite " Où il a appris comme dun modèle, ce quil en est et peut en être des affaires du monde. Car à lintérieur de ce petit monde sest développée et exercée son aptitude incomparable au dialogue, la splendide exactitude de lécoute, la constante disposition à sexpliquer, la patience de rester sur la question débattue ; et davantage encore la capacité dattirer dans lespace du dialogue ce que lon est enclin à taire, den faire quelque chose qui mérite quon en parle et ainsi de transformer délargir, daiguiser tout dans la parole et dans lécoute ou comme il le dirait lui-même de la plus belle façon de lilluminer ". Jai choisi à dessein ce passage pour marquer limportance dun long travail de réflexion sur soi, dapprofondissement nourri aux sources de ceux qui par leur vie, leur être au monde, ont tracé des voies.
Cest à cette richesse que doivent puiser les équipes médicales pour laccompagnement des grands malades.
Ces équipes médicales compétentes nous les sollicitons en tant que professionnels. Nous avons besoin de leurs services. Cela paraît simple de le dire ainsi. Les médecins sont à notre service comme tous les responsables du monde de la santé. Ils sont là pour guérir ; ils sont là aussi pour apaiser les douleurs et accompagner lorsquils ne peuvent plus guérir. À juste titre le médecin tire de sa compétence de lautorité de celui qui sait et une autorité morale dans sa capacité à distinguer ce quil ressent comme bon pour le malade, mais cette autorité morale peut dépasser le cadre de lhomme malade ; elle dépasse aussi le médecin pour être celle de lhomme. David Roy distingue un 3e type dautorité quil appelle charismatique, qui permet de prendre telle ou telle décision en situation non ordinaire, en cas dincertitude, car très souvent le patient dans le temps dapproche de la mort est plongé dans lincertitude. Ny aurait-il pas alors risque de prise dautorité dune part, de démission du patient, de lautre ? Sexercerait alors une loi implicite qui rendrait sa sentence, au delà du pouvoir conféré, de la confiance accordée. Or le glissement existe et bien des choses peuvent se passer au cur de lactivisme hospitalier, avec le plus souvent la meilleure bonne volonté du monde. Le rythme du service, ses horaires, ses rites, visites organisées des médecins, souvent brèves, peuvent troubler le malade, lui donner limpression dêtre pris on otage ; désorienté, il ne saisit pas tout ce quon lui dit, il se sent alors mal informé, plongé dans lincertitude, il est inquiet, voire anxieux ; ce sentiment détrangeté peut expliquer certains épisodes de confusion, voire de régression. Doù ce désir parfois den finir, même si les douleurs sont calmées.
La famille elle aussi peut se sentir étrangère dans cet univers, et quelque peu marginalisée, et dautant plus que son milieu culturel sera éloigné du "standard" social que peut représenter lhôpital.
Lhôpital quon aura à la fois désiré comme lieu sécuritaire, à la demande du malade ou de la famille, ou des deux, mais parfois aussi dans la discorde, est redouté parce que partir à lhôpital, cest aussi dire adieu à sa maison, à son lieu, se couper de ses racines, déjà faire le deuil, parfois dans les familles. Alors, on a dun coté des professionnels habitués à gérer le "mourir" à laide de protocoles, de réunions de service, de groupes découte, et de lautre le malade et la famille. Et, cest dans cette interface que peut se glisser la demande deuthanasie, à moins quelle ait été anticipée dans ce quil est convenu dappeler testament de vie.
Acte délibéré dabréger la vie, aussi bien par labstention dune thérapeutique, avec laide dun tiers, à la demande du malade ; certains ajoutent, dans son intérêt, et dune manière douce. dautres laissent de côté le consentement du malade lorsque celui-ci est incompétent, par exemple inconscient, ou incapable dapprécier rationnellement une situation donnée ? Un nouveau débat peut souvrir sur la compétence de ceux qui en décident et à côté du corps médical, le juge peut être convoqué pour, au terme dune procédure, décider du maintien ou du retrait des moyens de survie (cas de Joseph SAIKEWICZ Massachusetts supreme judicial court) ; Poserons-nous ici la question des enfants handicapés et mal formés ? D. ROY rappelle la position du Dr LORBER sur le sort à réserver aux enfants atteints de méningocèle et dhydrocéphalie. Autrement dit dans certaines circonstances aurait-on le droit de tuer quand on ne peut guérir ? Rien nest simple nous lavons vu ; même si, tous symptômes contrôlés par ailleurs, persiste, exception rarissime qui confirme la règle, une demande de suicide assisté ; cest sans doute le cur du problème, ne nous y dérobons pas. Nos convictions intimes vont étayer un dialogue face à face avec celui qui veut mourir Voilà qui provoque au moins nos questions et nous incite à considérer avec une grande circonspection toute tentative de professionnaliser la mort, de légaliser leuthanasie.
En effet il arrive quau cur de lévolution un malade fasse part de son découragement, de sa lassitude, et de son refus de se lier à dautres examens ou de traitement. Ce qui peut être un surcroît de douleur difficile à calmer. Ce peut être un sentiment de dévalorisation de soi, de perte de dignité, nous avons situé ce problème. Cest dans le cadre des soins palliatifs que ces problèmes sont le mieux compris et abordés. En effet, limmense majorité des demandes deuthanasie ne sont pas renouvelées si les traitements antalgiques sont bien adaptés, si le malade se sent écouté et considéré comme au centre du processus de soins, comme son véritable inspirateur, autrement dit pour reprendre lexpression de Lévinas, un sujet éthique. Alors il peut retrouver une certaine autonomie de pensée et de relation. Il pourra peut-être alors, les yeux ouverts, parler de ce moment critique qui lui reste à vivre, semblant prendre avec certains ses distances. Mais, ne fait-il pas en réalité son deuil de ceux qui lont déjà quitté, pour concentrer sur un seul : celui qui ose rester proche à lécoute, toutes ses énergies, comme une sorte dultime passion. Michel de Muzan parle de travail de trépas, évoquant le mouvement de lenfant vers sa mère. Il insiste sur la nécessité dune présence forte et proche, à lopposé de cette séparation, de ce deuil prémédité, quil nhésite pas à qualifier deuthanasie psychique.
Présence, écoute, accompagnement de toute la vie jusquà lultime moment, celui de la mort. Une question demeure qui népargne aucune religion ni philosophie, celle du sens. Pas tant celui de la souffrance, pour ne parler que du dolorisme, en écho à la culpabilité, que celui de la vie dans la traversée de la souffrance, moment et lieu dun travail, dun bouleversement souvent, dune révélation parfois.
La mort est-elle un mur contre lequel vient buter et rebondir la vie ? Nest elle quun passage vers un ailleurs, mal défini, où les autres, le Tout Autre seraient au rendez vous ? Certains y puisent une grande part de leurs convictions et de leurs énergies. Mais lhistoire ne sarrête pas là, celle de la famille continue, quil faudra soutenir ; ceci dit pour ne pas fermer le débat qui reste une question ouverte que je vous pose à mon tour.
Dr J.-F. ROCHE
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